Au pied du Canigou
Pyrénées-Orientales
Vu par… Renaud Camus

Mardi 3 juin 1980

Midi, Saint-Martin-du-Canigou. J’ai fait aussi vite que possible pour pouvoir visiter Saint-Martin avant la fermeture du déjeuner. Une visite guidée doit commencer à midi, paraît-il, mais je n’en vois guère de signes. On achète les billets au Centre d’accueil d’été, une grande pièce où l’on peut aussi se restaurer et qui ressemble à une cantine d’entreprise; sans doute cette laideur fait-elle partie de l’ascétisme chrétien tel qu’il se conçoit aujourd’hui.

On monte ici à pied, du village de Casteil, en une demi-heure environ. J’étais talonné par un groupe d’enfants que j’essayais en vain de distancer, pour le cas où la visite aurait pu s’effectuer individuellement. Il y a ici un peu de monde. Un service de jeeps amène les touristes qui ne veulent pas faire à pied l’ascension. Tout un groupe vient du château de Riell, l’hôtel de Molitg-les-Bains que j’ai jugé trop cher pour moi, hier soir. Tous ses membres sont américains. L’un de leurs chauffeurs se plaint de ce que la fille de la réception, au château, un hôtel de luxe, quand même, à quinze kilomètres d’ici, ne connaisse pas l’existence de l’abbaye, et lui ait dit qu’il ne pourrait pas encore y accéder à cause de la neige.

Une heure et quart, à quatre ou cinq cents mètres au-dessus de l’abbaye, et en face d’elle (la réceptionniste confondait l’abbaye avec le Canigou : « Saint· Martin, le Canigou, pour elle c’était tout pareil»).

On visite l’abbaye sous la houlette assez impérative d’un vieillard en pantalon de velours côtelé et pull-over de laine à col roulé, qui a un visage admirable, des cheveux blancs en frange droite sur le front, un nez busqué et d’extraordinaires yeux bleus. Il parle une très belle langue, et dans ses propos sur l’abbaye tient lui-même une place considérable. Il dit couramment : « Il y a trois ans [le voilà qui passe là-bas, en bas, tout seul sur ses terrasses], j’ai fait dégager ces colonnes li! allait sonner l’angélus], j’ai découvert des squelettes, ici je donne chaque jour deux conférences, l’été. » C’est un prêtre, bénédictin, qui est depuis vingt-huit ans seul en résidence ici, pendant la belle saison, et maintenant toute l’année. Des jeunes gens laïques et bénévoles l’assistent.

La visite accomplie, j’ai voulu monter jusqu’à ce promontoire pour vérifier l’image de l’abbaye qu’ont rendue populaire tellement d’affiches. Il est parfaitement désert. Quelques jeunes Espagnoles m’avaient d’abord suivi, mais elles se sont arrêtées à la première plate-forme. L’angélus s’est tu. Convoqué par lui, un homme assez fort a traversé à son tour les terrasses pour rejoindre l’église.Le bruit seul d’une cascade. Pas un nuage. Le ciel est bleu pâle. Je suis assis sur un rocher, sous un arbre, aux flancs même du Canigou que donc je ne vois pas mais une pente enneigée dépasse des montagnes proches, au sud-ouest : ce doit être ce plateau dont j’ai constaté hier, de Quéribus, qu’il était encore tout blanc.

Journal d’un voyage en France
Renaud Camus – 1981
Promenades dans les Pyrénées-Orientales

Villefranche-de-Conflent

Quatrième visite de la journée ! On aura optimisé le temps ! Un village médiéval classé parmi les Plus Beaux Villages de France : Castelnou, un site géologique grandiose : les orgues d’Ille-sur-Tet

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Saint-Michel-de-Cuxa

Vous connaissez The Cloisters ? Mais non ça n’est pas la nouvelle série Netflix mettant en scène un moine possédé perpétuant des meurtres au sein d’une communauté monastique ! C’est un musée !

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Les orgues d’Ille-sur-Tet

Si la ville d’Ille-sur-Têt est connue ça n’est sans doute pas dû à Prosper Mérimée et à sa nouvelle La Vénus d’Ille mais plus vraisemblablement grâce à ses orgues. Celles-ci ne produisent aucun son. Ne sont pas composées de tuyaux d’étain mais de roches sableuses et d’argile.

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Castelnou

En 1982, Charles Ceyrac, alors maire de Collonges-la-Rouge (Corrèze), décide de créer l’association des Plus Beaux Villages de France. Son but ? « Protéger et promouvoir le patrimoine remarquable de (ces) communes d’exception et leur offrir ainsi une alternative à la désertification rurale. »

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Elne

Petite promenade à Elne, afin d’en visiter son cloître et sa cathédrale romane.

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La Côte Vermeille

La plage du Bocal du Tech, puis plus au sud Collioure, Port-Vendres, Banyuls-sur-Mer et enfin juste avant la frontière espagnole Cerbère…

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Le château de Quéribus

Nous quittons Vivès et les Pyrénées pour rejoindre notre deuxième gîte, perdu dans la campagne rouerguate. Nous prenons les chemin des écoliers et passons par les châteaux Cathares.

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Saint Martin du Canigou et Eus

La région regorge de vieux villages médiévaux qui font partie du classement des 100 plus beaux villages de France. Eus en fait partie et se trouve justement sur la route qui nous mène au Canigou.

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Collioure

Qu’on se le dise, le mercredi, c’est jour de marché à Collioure… Il faut s’armer de patience si on veut rejoindre le centre ville !

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Perpignan

Une journée à la ville pour voir l’exposition « Visa pour l’Image ». L’actualité de l’année passée n’a pas été très réjouissante… Fukushima, Afghanistan, Haïti…

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Balade en petit train jaune

A une petite demi heure de la mer, Vivès est un petit village, déjà dans la montagne, à quelques kilomètres du Boulou. Le gîte, « El Portal » est charmant et confortable.

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Voyager chez soi

Dans les oreilles

Dans ma bibliothèque

La Venus d'Ille
Venus d’Ille
Prosper Mérimé

Et bien je peux vous dire que ça n’a pas été de la tarte ! Trouver un roman ou un récit de voyage se déroulant en Roussillon ? Accrochez-vous ! OK, je suis un peu difficile : je préfère, si ce n’est de « grands », tout au moins, des « noms » de la littérature. Je ne fuis pas la littérature régionale mais je n’y connais absolument rien… Alors plutôt que de vous proposer n’importe quoi, je m’abstiens ! Ou plutôt je cherche, je sonde, je fouine, je fouille, je racle les tréfonds des bibliothèques et les abîmes de l’internet jusqu’à trouver un nom que je connais.

C’est en tapant « Cathare » que j’ai eu le plus de succès ! D’un coup deux noms connus : Zoé Oldenbourg et Henri Gougaud. La première raconte dans Les Cité Charnelles la vie de Roger de Montbrun, catholique traité en hérétique, emprisonné, exilé parce que cathare.
Le second, dans L’Expédition nous fait le récit d’une nuit au XIIIeme siècle où les chevaliers de Montségur, derniers bastion Cathare, descendirent dans la plaine délivrer les peuples des inquisiteurs…

Mais les châteaux Cathares même s’ils ne sont pas loin ne sont pas dans les Pyrénées Orientales ! Arfff… C’est finalement un encart dans le guide vert qui m’a permis de trouver La Venus d’Ille de Mérimé ! J’ai immédiatement couru l’acheter !

Sur les écrans

L’Adieu à la Nuit
André Téchin

Je ne suis pas spécialement fan de Téchiné même si je reconnais qu’il a pu réaliser quelques très bons films parfois proches du chef-d’oeuvre, mais sa production est ma foi assez inégale… Son dernier film, coup du hasard a été tourné dans les Pyrénées Orientales ! Alors autant vous en parler puisqu’il n’est pas mal du tout. « Muriel est folle de joie de voir Alex, son petit-fils, qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir vivre au Canada.  Intriguée par son comportement, elle découvre bientôt qu’il lui a menti. Alex se prépare à une autre vie. Muriel, bouleversée, doit réagir très vite… » Un sujet brulant d’actualité et bien difficile a traiter : la radicalisation d’une jeunesse qui ne voit aucun avenir dans la société actuelle et préfère céder à l’appel d’une guerre qui n’est pas la leur… Téchiné s’en sort très bien, évitant les écueils, ne tirant aucune conclusion hâtive. Cette histoire est simplement celle de Muriel et d’Alex pas celle de tous les jeunes radicaux de France et du Roussillon… Juste une petite demande personnelle : s’il te plait Catherine arrête de passer sous le bistouri, y a plus rien qui bouge !

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