Saint-Michel-de-Cuxa

Vous connaissez The Cloisters ? Mais non ça n’est pas la nouvelle série Netflix mettant en scène un moine possédé perpétuant des meurtres au sein d’une communauté monastique ! C’est un musée ! Et probablement l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de visiter. D’ailleurs ça ne ressemble pas à un musée… Au tout début du XXe siècle George Grey Barnard, sculpteur et fervent collectionneur d’art médiéval achète en France des fragments architecturaux issus de cinq monastères français démantelés à la Révolution. À son retour aux États-Unis il les présente au public, créant la première exposition d’art médiéval outre-Atlantique. La collection est bientôt rachetée par Rockefeller qui la léguera ensuite au Metropolitan Museum of Art. Depuis 1938, cette dépendance du MET, nichée sur les hauteurs de Manhattan, présente cet ensemble sculptural et architectural non pas exposé comme dans un musée traditionnel mais comme une balade dans les cinq cloîtres reconstitués. Je suppose que vous commencez à voir où je veux en venir… Eh bien oui ! L’un de ces cloîtres reconstruits est celui de Saint-Michel-de-Cuxa ! Le bâtiment du musée lui-même s’inspire d’ailleurs de l’architecture de l’abbaye avec son clocher roman. C’est pas fou ça ?! Il existe donc deux Saint-Michel-de-Cuxa dans le monde, à 6000 kilomètres de distance, présentant tous deux des éléments du cloître d’origine et des parties reconstruites. Mais alors quel est le vrai ? Comment savoir ?…

En tous cas nous sommes sur place, là où le monastère a été bâti il y a presque dix siècles. Il ne reste pas grand chose à visiter de cette abbaye du XIIe siècle : une crypte, un cloître et une église. Tout cela ayant été passablement restauré pour ne pas dire rebâti. On ne sait pas trop distinguer ce qui est d’origine de ce qui ne l’est pas – ce qui prouve que ça été fait de manière intelligente. Cette reconstruction, toujours en cours, on la doit en partie à Pablo Casals. En 1955, le Catalan et violoncelliste vedette, exilé en France pour fuir le régime franquiste, décide de donner un concert dans l’église de Saint-Michel, qui n’a alors plus de toit, afin de réunir des fonds et d’y financer des travaux. Depuis lors, tous les ans, un festival Pablo Casals se tient dans l’abbaye et peu à peu celle-ci retrouve son aspect d’antan. 

Lorsque nous arrivons, une visite-conférence vient de débuter. Nous la rallions. Espérant en apprendre un peu plus sur l’histoire du lieu. Malheureusement la conférencière du jour a non seulement une voix criarde mais en plus elle s’adresse à son auditoire comme s’il était exclusivement composé d’enfants de cinq ans… Difficile, pour moi en tous cas, dans ces conditions, de me passionner pour l’histoire du lieu. Je ne boirai pas les paroles de cette femme, aussi érudite soit-elle, je préfère m’éloigner, prendre des photos et vivre l’endroit à ma façon. 

J’adore les cloîtres ! Mais celui-ci, est-ce parce que je savais qu’il n’était pas entièrement d’époque, ou bien bien parce qu’il n’est pas fermé sur quatre côtés, ne m’a pas véritablement enchanté. Celui d’Elne ou encore du prieuré de Serrabonne, non loin de celui-ci, m’ont laissé de beaucoup plus beaux souvenirs. La crypte semble avoir été bétonnée. Quant à l’église, il ne s’en dégage pas grand chose non plus… Bref, cette visite, bien qu’intéressante ne me laissera pas un souvenir impérissable. Sauf, peut-être, les hurlements d’un gamin dont les parents ne voulaient pas céder à la crise. Une scène amusante et touchante dont mes oreilles se souviennent encore.

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