22 juillet 2018
La presqu’île de Guérande

[vc_row row_type= »row » use_row_as_full_screen_section= »no » type= »full_width » text_align= »left » video= » » box_shadow_on_row= »no »][vc_column][vc_column_text]Qu’il est bon d’être en vacances lorsque personne n’y est ! Fin juillet et pourtant les touristes ne sont pas légion… Les commerçants que nous avons pu interroger sur le sujet nous disent, avec le sourire, que les estivants ne devraient plus tarder… que chaque week-end ils attendent leur venue prochaine, mais que chaque semaine, force est de constater qu’ils devront encore attendre le week-end suivant… que c’est probablement la faute à la coupe du monde récente, aux portefeuilles vides, au temps, plus chaud qu’à l’habitude, à l’eau trop humide… Allez savoir. Bien sûr nous ne sommes pas seuls dans ce petit coin de France mais peu s’en faut ! 

Lorsque nous pointons nos museaux ensoleillés à Terre de Sel pour la visite des marais salants de Guérande, la dernière de la journée, réservée le matin même, nous avons la joie de découvrir que cette visite de groupe ne drainera que deux personnes : nous ! 

Guillemette notre « conférencière personnelle » est jeune, passionnée et passionnante. Elle est tombée amoureuse de ces marais, de leur histoire, de la faune, de la flore, probablement aussi des paysages aux incroyables couleurs, changeantes à chaque heure de la journée, de la splendide lumière qui fait scintiller l’eau des bassins comme des miroirs et apparaître les paludiers en ombre chinoise ; on la comprend. Nous ne nous aventurerons pas bien loin dans les 2000 hectares de mosaïque argileuse des marais, aujourd’hui classés Natura2000, mais suffisamment pour en comprendre le fonctionnement au fil des marées, les techniques qui n’ont quasiment pas évolué depuis le XVe siècle (même si la brouette a remplacé la femme et ses paniers d’osier), et les richesses culturelles, humaines et économiques qui ont bien failli disparaître au cours des années 1980 (les élus de La Baule souhaitaient y voir bâtir une marina ainsi qu’une voie express…).

Nous manions, sous l’œil bienveillant de Guillemette, le las, mimant la récolte du sel déposé au fond des œillets. J’ai bien peur que nous ayons besoin d’un peu plus de temps pour apprendre à le manier avec dextérité, mais nous sommes en période de récolte et pouvons observer à loisir les paludiers qui eux maîtrisent parfaitement cet outil de bois plus lourd qu’il n’y paraît. Ce métier est difficile : le travail manuel en extérieur et les outils bien sûr mais aussi, et surtout, la dépendance au temps, au temps qui passe, au temps qu’il fait. Un orage repoussera de trois semaines la récolte, brouillant l’eau des œillets, mêlant le sel et l’argile; un vent trop faible empêchera le sel de se frayer un chemin à travers le labyrinthe des œillets, un vent trop fort risquerait d’abîmer les ponts et les récoltes, trop peu de soleil nuirait à l’évaporation de l’eau, etc.

Sur notre chemin, une avocette jappe : kluîp kluîp kluîp ! Sans notre cornac nous y aurions à peine prêté attention, nous n’aurions en tous cas pas compris le sens de ces cris dans notre direction. Le volatile, nous ayant pris pour des prédateurs, de sauvages chasseurs à la recherche de chair d’oiseau fraîche, tente de nous éloigner de sa progéniture nouvellement née. N’ayez crainte madame nous ne goûtons point les jeunes avocettes duveteuses. La mère s’envole nous laissant le champ libre.

La visite se termine par un petit musée où nous découvrons ce que nous n’avions pu voir sur site : la remise en état des salines, des vasières et des ponts durant les mois d’hiver et d’automne, les mammifères qui s’y terrent, les oiseaux migrateurs ou non qui y nichent; et bien sûr par l’incontournable boutique où le sel et sa fleur labellisés rouge et détenteurs d’une IGP (Indication Géographique Protégée) se déclinent sous toutes leurs formes accompagnés de moult produits régionaux, comestibles pour la plupart.

Le coffre de la voiture et la tête remplis de souvenirs nous nous rendons à Guérande. Dominant les marais salants, comme un Carcassonne miniature, la capitale du sel s’entoure de hautes murailles de pierre ouvertes sur l’extérieur par trois portes seulement. Nous l’avions découverte un précédent midi, sous un soleil de plomb, les rues gorgées de chalands et les terrasses bondées d’assoiffés. Le charmant arrière-jardin d’un salon de thé – Salon Céladon – et l’ombre de son arbre à papillons (buddleia pour les intimes) nous accueillirent ce jour-là. À la nuit tombée pas besoin de lutter pour trouver un endroit pour dîner. Pourtant la ville ne semble pas morte pour autant, elle se pare de jolis éclairages, et les nuées d’oiseaux qui volettent autour de la collégiale Saint-Aubin font résonner leurs cris dans les ruelles moyenâgeuses comme ils le faisaient probablement déjà il y quelques centaines d’années. Nous ne sommes finalement pas si seuls sur ces terres, longtemps exonérées de gabelle, chargées d’histoire et d’humanisme et pourquoi pas de légendes, les paysages s’y prêteraient bien. [/vc_column_text][vc_empty_space image_repeat= »no-repeat »][vc_separator type= »normal »][vc_empty_space image_repeat= »no-repeat »][vc_column_text]Je classe depuis quelques temps les textes que mon père à pu écrire au long de sa vie : chansons, récits autobiographiques, romans, nouvelles… Quelle ne fut pas ma surprise de tomber sur l’un d’eux intitulé Guérande n’est pas en Bretagne. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager ce court récit humoristique de sa propre visite dans la cité médiévale.

 

Guérande n’est pas en Bretagne.

Hier j’ai passé la journée et la nuit à Guérande, ville bretonne, fortifiée, superbe, à quelques km de La Baule. Le matin, passant près de l’annonce d’une chambre d’hôte, je m’enquiers de la qualité du couchage. On m’accorde une visite. Ça me semble tout à fait convenable. « Vous dormirez bien dans cette « Rose » me dit la loueuse, elle est éloignée du bruit ! ». Joliment décorée. Elle a tout pour me séduire. Je la réserve.

Là-dessus, j’entreprends de faire le tour de la ville et, comme il y fait assez moche, par sécurité vers onze heures et demie, je vais réserver pour midi trente, ma place dans une petite crêperie d’une rue commerçante. « Pas de soucis » me dit la demoiselle qui fait le service et, à l’heure dite, je me pointe. Il fait un vent à décorner les bœufs. En même temps que les rafales, le froid circule aussi. La jeune fille m’a gardé une place minuscule à quarante centimètres de la porte d’entrée qui reste grande ouverte et, cependant que les bourrasques cherchent à me déculotter en m’arrachant les derniers poils du crâne, chaque fois que je lève le coude je le cogne contre le mur. Rien de bien dramatique, mais, entre le vent et le mur, le repas s’avère un peu compliqué néanmoins. Voyant entrer des personnes qui, bien que n’ayant pas songé à réserver leurs tables se retrouvent dans un coin chaud du fond de la salle, loin du zéphyr et du mur agressif, je me dis que j’aurais mieux fait de pointer mes orteils et mon gros nez, sans prévenir, pour avoir la chance de déjeuner confortablement…

Jamais content !…

À dix huit heures, après avoir usé mes yeux, mes pieds, mes narines, ma langue et vidé mon compte en banque dans diverses boutiques, proposant des savons épatants, des couteaux japonais, des BD de Bécassines, des statues en pierre reconstituée, des huiles, des assiettes, du caramel salé, des crêpes, des peintures provençales (si, si !) et mille autres bidules plus tentants les uns que les autres, je me décide de réserver une table dans une pizzéria, qui n’a rien de breton, mais, tous les malfrats vous le confirmeront, il faut savoir s’évader ! A vingt heures, comme entendu, je déboule chez le pizzaiolo qui me guide vers une table basse, minuscule, coincée contre une table haut perché dont les pieds des clients m’arrivent pile à auteur de narines ! J’ai préféré me sauver avant de mourir asphyxié dans le boui-boui.

Le ventre creux, je me rends chez ma loueuse qui me dit qu’elle avait oublié que cette « rose » matinale avait déjà été réservée par d’autres clients, mais que la « bleue », dont elle me tendait la clé, n’avait rien à envier à la précédente. Elle me certifia même que j’y rejoindrais tout aussi aisément Morphée ! Cela s’avéra parfaitement exact jusqu’à l’heure des poubelles et du réveil du sonneur du clocher voisin, vers six heures ce matin…

Moralité : Si vous avez l’opportunité de visiter ce coin de Bretagne, qui vaut assurément le déplacement, dormez et mangez ailleurs ou bien, si vous avez à cœur d’être bien accueillis, ne réservez pas…[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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