27 juillet 2017
De La Canée à Lentas

Pour la deuxième partie de notre séjour crétois, nous avons réservé un appartement sur la côte sud, dans le village de Lentas. Nous allons devoir traverser une bonne partie de l’île et décollons tôt pour avoir le temps de visiter La Canée, à une heure de notre point de départ.

Si La Canée à dans son histoire été colonisée par les Vénitiens, les turcs, et j’en passe elle l’est aujourd’hui par les touristes et par les voitures… Nous subissons donc les bouchons inhérents aux grandes villes en suivant les panneaux « centre », le meilleur moyen, sans gps, d’arriver au cœur d’une cité. Alors que nous nous demandons où nous allons bien pouvoir garer notre véhicule, le parking du marché, à ciel ouvert, fait son apparition ! Sauvés ! Le temps de s’assurer que la place est bien autorisée (il serait fâcheux de devoir aller récupérer notre Panda à la fourrière) nous pouvons partir à la découverte de Hania (prononcer le H comme un CH enroué, un peu comme la jota espagnole).

Quelle jolie ville. Quelques restes de remparts, un port en fer à cheval, qui m’évoque immédiatement celui de Mykonos en plus large. L’anse est en partie fermée par une digue avec un petit phare aux allures de minaret en son extrémité. Sur la droite l’ancienne mosquée des Janissaires et ses coupoles roses, autrefois transformée en office du tourisme elle abrite aujourd’hui un centre d’exposition et d’artisanat local. Rien d’exaltant. Le quai de gauche est bordé de maisons basses abritant des tavernes. Et derrière celui-ci un lacis de ruelles tortueuses et de palais dit vénitiens. Nous errons un moment dans cet entrelacs, le nez en l’air scrutants les façades et les balcons ouvragés. Tentant d’échapper au flot continu de touristes nous entrons dans la cour de l’ancien fort Firkas, devenu musée maritime. L’accès semble libre, pas de guichet. Et quasiment aucun touriste. Nous profitons du calme et de la vue sur le phare. L’un des bâtiments abrite une exposition d’affiches fruits d’un concours lancé par l’office du tourisme de Crête. Quelques belles réalisations, souvent très graphiques, sur des thèmes représentatifs de l’île : le labyrinthe de Minos, le palais de Knossos, les chèvres sauvages, la gastronomie, le soleil, la mer…

Tout ça est bien joli mais ne rempli pas l’estomac ! Retour dans les ruelles bondées pour une pause déjeuner indispensable avant de reprendre la route; puis visite de la cathédrale orthodoxe sur le chemin du parking. Si l’extérieur est assez imposant, l’intérieur semble, lui, tout petit. La surabondance d’icônes, de décors et de candélabres ajoute encore à la petitesse du lieu.

La voiture est toujours là ! Ouf ! Mais son pare-brise est orné d’un joli papillon en grec… l’emplacement était autorisé mais contre paiement. Ce dont nous ne nous sommes pas acquitté ! Il faudra voir comment régler cette amende.

Afin de ne pas perdre de temps en errances inutiles nous mettons, une fois n’est pas coutume, le gps. Les paysages côtiers cèdent bientôt la place à d’autres plus montagneux et apercevons même quelques neiges éternelles. Pourvu que notre route ne nous fasse pas monter si haut… pas sûr que notre vieille minoune résiste à une telle altitude. Nous aurions l’air fin avec notre épave, les pieds dans la neige en plein mois de juillet. Mais non ! Nous contournons par le nord le massif de Psiloritis, dont le mont Ida culmine à 2456m  et voici la Plaine de la Messara : des oliviers, des dizaines de milliers d’oliviers, à perte de vue. C’est magnifique. Entre les terres cultivées se cachent de petits villages blancs aux ruelles tellement étroites que nous nous inquiétons de croiser d’autres véhicules. Des enfants jouent au football au milieu de la rue et les chiens traversent sans regarder…  cette route, bien que fort pittoresque est semée d’embûches ! Sans compter que nous ne savons pas pourquoi Mme Marcelette Google nous fait prendre ce chemin au milieu des cannes à sucre… aies confiance !

La plaine ne va malheureusement pas jusqu’à la mer. Enfin si mais pas du côté où nous allons… il nous faut gravir une nouvelle montagne avant d’accéder à Lentas. Ça grimpe sec. Les oliviers disparaissent peu à peu. Et soudain :

– tournez à droite
– Euh ? Tu es sur Marcelette ?
– Tournez à droite
– Mais c’est une piste ! Y a pas de goudron !
– Tournez à droite
– Ça va on a compris ! Aller on verra bien…

Et nous voilà cahotant, en première, sur une piste bien caillouteuse, à flanc de montagne, à prier Ste Rita (la patronne des causes perdues) que cette route soit bien celle pour Lentas. Pas de panique mais tout de même ce chemin est des plus étranges. S’il faut faire demi tour ça risque d’être compliqué. Je ne sais pas combien de temps nous roulons sur cette voie qui parait n’avoir jamais été terminée, où personne d’autre que nous ne roule et où aucun panneau indicateur ne vient nous rassurer de suivre la douce voix du gps. La route redescend enfin côté mer, le soleil commence à décliner donnant aux paysages des teintes mordorées, ajoutant à nos inquiétudes la possibilité de rouler de nuit sur cette route inachevée et nous avons soudain la sensation d’être au bout du monde.

Puis, comme elle avait disparue, l’asphalte fait son retour, et nous nous détendons un brin. Si cette route est bien la seule qui mène à Lentas, nous n’allons probablement pas beaucoup bouger durant les jours qui viennent… Dytykos ! Enfin un panneau ! Enfin la vie ! Nous traversons la petite station balnéaire le long de laquelle s’étend une immense plage de sable noir. Dans le couchant c’est un véritable appel à la baignade…

Ça y est ! Nous voilà à Lentas ! Nous sommes effectivement au bout du monde. Loin des gros complexes hôteliers de la côte nord, Lentas a su garder le charme des années 60, et déploie autour d’une étroite plage ses tavernes et ses locations de vacances. Pas de voiture en « ville » mais des « parkings » – enfin disons des terrains sur lesquels il est possible de se garer – sur les hauteurs. L’accueil de Maria à la résidence Athina est des plus chaleureux et notre appartement-bungalow tout ce qu’il y a de plus charmant. Tout est neuf, rien ne manque, fonctionnel et sobrement décoré dans le goût actuel.

– dites-moi Maria, la route qui mène à Lentas est en travaux ?
– Ah ah ah ! Vous, vous avez suivis le gps ! Rassurez vous il y a une « vraie » route à l’est du village.

Saleté de Marcelette Google ! Et après on se demande pourquoi je préfère encore les cartes papier…

Épuisés, ravis d’être là, au bout de la terre, et rassurés sur l’état des routes alentours, nous dînons en bord de mer dans une tavernes des plus typiques, où deux ouzos, et surtout les quelques verres de raki en fin de repas offerts par le patron des lieux, haut en couleurs, braillard et alcoolique, viendront à bout de notre lucidité… demain il fera jour.

Se loger à Lentas

 

La suite du voyage

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