24 juillet 2017
Santorin

Le petit-déjeuner englouti, le temps de se rencarder sur les bus et nous filons sur Oia. Ce trajet en bus me rappelle immédiatement ceux que je faisais autrefois pour me rendre à Elia Beach sur Mykonos : nous nous entassons comme nous pouvons, il n’y a pas assez de places assises pour tout le monde ; je fais le trajet debout, le vendeur de billet passe parmi les voyageurs comme il le peut, pas très souriant, réclamer à chacun son euro pour le trajet. Il y a tout de même une grande différence avec mes souvenirs mykoniotes : le bus semble neuf et ne menace pas par des couinements à chaque virage de se désintégrer au prochain coup de frein. De plus il y a à Santorin des bus qui traversent l’île chaque demi-heure alors qu’on pouvait en compter généreusement quatre par jour en pleine saison pour se rendre à la plage d’Elia…

La route qui traverse l’île offre une vue sur le versant que nous n’avons pas longé en bateau la veille. La pente vers la mer est plus douce, couverte de terrains agricoles, essentiellement des vignes. Il y a des vignes partout, sur la moindre parcelle, même au cœur des villages. Contrairement à nos vignobles français, où tout est aligné au cordeau et taillé dans les règles de l’art, les pieds semblent ici livrés à eux-même, laissant courir leurs branches à même le sol. L’architecture a aussi sa particularité : un toit légèrement bombé au dessus du corps principal du bâtiment s’inspirant des grottes, habitats troglodytes originels de l’île. Nous voyons toutes les étapes de la construction : l’armature et la voûte en béton, les briques pour combler les espaces entre les piliers, et enfin la chaux pour recouvrir le tout.

Nous trimbalons avec nous nos valises, les laisser à l’hôtel nous aurait obligé à retraverser l’île avant de nous rendre au port en fin d’après-midi. La réceptionniste nous avait parlé de la possibilité de les laisser dans une consigne, au changement de bus, à Fira. Où peut donc se trouver cette consigne ? Rien ne ressemble à ça à la gare routière… peut-être faut-il chercher plus loin… le mieux est encore de demander. À l’entrée des toilettes publiques, une dame-pipi vend aussi quelques babioles et des bouteilles d’eau.

– Kalimera. Vous savez où l’on peut laisser nos bagages pour la journée ?

– Bien sûr ! Je vous les garde ! Combien de temps ? C’est un euro de l’heure par bagage.

Et bien voilà ! À la grecque tout est simple ! Pourquoi chercher une consigne automatique avec digicode, cadenas et détection rétinienne alors qu’une dame-pipi sur la place du village est prête à surveiller vos malles Vuitton pour quelques pièces ?! Cessez de ricaner nous repartons pour Oia !

La rue principale, ou devrais-je dire la seule rue, est envahie de badauds. Nous essayons de nous frayer un chemin parmi les Russes, les Chinois, les Français, les Espagnols, les Italiens, qui avancent à petits pas de boutique en boutique. Il fait une chaleur du diable, le passage est très étroit ce qui ne favorise pas le trafic. Entre ceux qui s’arrêtent pour faire des photos (quelle idée !), ceux qui hésitent devant les vitrines, ceux qui se posent sur un muret en attendant ceux qui font des photos ou sont finalement entrés dans une boutique de tee-shirts, de poteries ou de lunettes, nous avons du mal à avancer… Soudain une placette, à droite un gigantesque bougainvillier sous lequel chacun souhaite se faire prendre en photo, et à gauche une librairie ! Oui, une li-brai-rie ! Quelques marches descendent dans une antre, une grotte aux livres, une librairie troglodyte : plusieurs petites salles voûtées creusées dans la roche, des étagères et des tables avec des bouquins dans toutes les langues, sur la Grèce, les îles, des éditions rares de classiques, des extraits de textes écris à même la chaux, des photos d’écrivains, des cartes postales « littéraires » dans des boites… Il y a presse ; il faut dire que l’endroit est tellement étonnant, tellement beau. On s’attend à trouver Henry Miller ou Ernest Hemingway en personne derrière la caisse, feuilletant un vieux grimoire. C’est bien un Américain qui tient ce lieu fabuleux mais tout jeune. Je ne résiste pas, j’achète Le Petit Prince en grec. Un autre escalier mène à une terrasse : des livres à disposition, des chaises, une table et la vue sur la caldera et les maisons enchevêtrées d’Oia. Une merveille ! J’aimerais m’installer là pour le restant de mes jours… ou au moins pour le restant de l’après-midi !

Nous continuons notre progression, la foule se fait moins dense, probablement l’appel du ventre qui fait se vider les boutiques et remplir les restaurants… Certaines bâtisses sortent du lot : rectangulaires, à un ou deux étages, avec de grandes fenêtres, sans couverture de chaux, en pierre de lave brune et rouge, au dessus de la porte comme un tympan d’église en fer forgé, devant un jardinet… Probablement des palais de l’époque vénitienne. Arrivés aux ruines du château byzantin nous sommes pratiquement seuls et pouvons profiter tranquillement de la vue sur Oia, dont les maisons s’empilent et s’enchevêtrent pour épouser le relief. Ces habitats abritent-ils toujours des locaux ou ne s’agit-il plus que d’hôtels et de logements pour vacanciers ? Nous déjeunons non loin de là d’une énorme salade grecque dans laquelle des câpres ont fait leur apparition… Le chef doit être italien. De notre table nous observons un mâtin, écrasé de chaleur, qui roupille à l’ombre, sa gamelle d’eau et un écriteau intimant les passants à remplir cette dernière. Chacun y va de son fond de bouteille.

Cette partie de la ville est véritablement calme ; nous nous perdons encore un peu dans le lacis des ruelles jusqu’au moulin, tout à la pointe. Il est temps de penser à retourner sur Fira : gare routière, bus, récupération des valises auprès de la dame pipi. Tout s’enchaîne bien… Dernière étape : un taxi pour le port. À la station aucun véhicule, une famille indienne attend à l’ombre, et un grand type entre et sort de la guérite le téléphone à l’oreille et la langue bien pendue. Nous voyant dans l’expectative il interrompt sa conversation et nous assure l’arrivée prochaine d’un taxi pour nous emmener au port. Puis il file. Les minutes passent. Pas de taco. La famille indienne a disparu. Nous sommes plantés là comme deux clampins avec nos bagages et notre stress de rater le bateau du soir pour Heraklion. Nous appelons au numéro inscrit sur la guérite : on nous assure qu’une voiture sera bientôt là. Mais rien… Ah si ! La voilà ! Au moment où nous perdions tout espoir de rejoindre le bateau à temps. Le timing est serré mais ça devrait le faire.

– Vous allez au port c’est bien ça ?

– Oui, il nous reste peu de temps, le bateau part à 17h40.

– Ah vous prenez celui qui va à Heraklion ? Vous êtes sûrs qu’il n’a pas été annulé ? Parce qu’aujourd’hui la mer est mauvaise…

– Euh…

Adieu belles couleurs sur nos visages réjouis de vacanciers. Si c’est vrai ça va pas être simple. Il va falloir trouver un hébergement de dernière minute sur l’île des Cyclades la plus fréquentée, prévenir l’hôtel en Crète que nous arriverons avec une journée de décalage… bref ça commence à bouillonner dans la cafetière ! J’évite de prêter un quelconque crédit à cette information et propose à Jean-Claude (presque au bord de la crise de nerf) d’en faire autant. Il sera bien temps de s’en préoccuper, si elle s’avérait véridique, une fois rendus au port.

Renseignements pris par notre chauffeur auprès de son application mobile, notre navire est maintenu mais en retard d’une bonne heure… est-ce vraiment rassurant ?

Le quai et l’embarcadère sont noirs de monde. Au guichet on nous confirme le retard et nous assure que nous pourrons embarquer d’ici peu.

– Par contre le billet électronique sur votre téléphone, ça ne passera jamais ! Je vous les imprime.

– Merci madame.

Le temps d’une bière pour se remettre de nos émotions et à l’heure dite nous grimpons sur le speedboat qui nous emporte loin de l’île-cratère et nous conduit vers la troisième étape de nos vacances : la Crète !

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