En route pour Skye

Le soleil est encore au rendez-vous ce matin mais la météo prédit que ça ne va pas durer… profitons-en ! Au programme du jour rejoindre Mallaig en passant par Glenfinnan, où nous pourrons voir le pont ferroviaire où circule le train à vapeur d’Harry Potter (le Poudlard Express me dit-on), et de là prendre le ferry pour l’île de Skye, nous aurons ensuite une grande partie de l’après-midi pour decouvrir l’île.

Nous traversons à nouveau de beaux paysages entre lochs et montagnes. Nous scrutons les panneaux à la recherche du fameux pont… rien. Mallaig est maintenant à quelques encablure mais toujours pas d’indication. Nous reprenons la carte, résultat : ratage total ! Tant pis. Bye bye Harry Potter. Lorsque nous arrivons au port, suffisamment à l’avance par rapport à l’heure annoncée du bateau : rien. Calme plat. Nous sommes les seuls sur le parking; il y a bien un ferry mais il n’a pas l’air d’attendre le chaland… Voilà comment se faire avoir en beauté : les horaires que nous avons consultés étaient ceux de la saison d’été, en hiver il n’y a que deux traversées par jour l’une à 8h du matin, l’autre à 16h ! Que faire ? Il n’est pas midi. Reprendre la route et passer sur Skye via le pont ? Cela nous obligerait à faire un détour de près de 100km; nous n’y gagnerons rien en temps et passerons beaucoup de temps en voiture. Rebrousser chemin pour voir le fameux viaduc raté plus tôt dans la matinée ? Ok ! Tout le monde d’accord.

Nous avions entraperçu, peu avant Mallaig, à Morar, ce qui semblait être une plage de sable blanc; nous ne sommes plus pressé, rien ne nous empêche d’y faire un saut. Le décor n’est bien sûr en rien comparable aux merveilles de Glencoe mais c’est tout de même très beau : un bras de mer aux eaux cristallines bordé de sable blanc, quelques roches noires, des collines rousses pelées au loin, un bois de pins, un petit manoir, blanc lui aussi, sur l’autre rive, et un bateau tout jaune en plein milieu de l’eau. Une composition parfaite pour un tableau, et pour nos photos. C’est calme, nous marchons là de longues minutes, sur le sable, il n’y a presque personne : un ou deux couples, un jogger et son chien.

Retour à Glenfinnan. Effectivement il y a bien un panneau visitor center et un grand parking, nous ne regardions probablement pas du bon côté lors de notre premier passage… une petite grimpette jusqu’au point de vue, et là… déception ! Quelques malheureuses arches, à l’architecture banale, entre deux collines. Sans doute que les fans du petit sorcier sentent leur tripes vibrer en arrivant là mais personnellement : rien. Pas l’once d’une émotion. La vue est beaucoup plus belle lorsque l’on tourne le dos au sus-cité pont.  Un peu d’histoire : en 1745 le prince Charles Édouard Stuart lève à Glenfinnan son étendard royal marquant ainsi le début des révoltes Jacobites. En 1815, alors que les rebellions jacobites sont finies depuis longtemps, une tour surmontée d’une statue de Highlander en kilt est érigée au bord du Loch Shiel pour commémorer l’événement. De notre promontoire cette tour ce dresse fièrement devant le loch cerné par les hautes montagnes environnantes. Ça a tout de même plus de gueule !

Nous déjeunons au bord du loch dans un manoir digne d’un décor de film. Autour de nous un père et son fils, adolescent, qui n’adresse la parole à son géniteur que pour réclamer de la nourriture, demandes que ce dernier essaye de satisfaire au plus vite – aurait-il quelque chose à se faire pardonner ? – et un couple de femmes vieillissantes prenant le thé dans le bow-window offrant vue sur le loch et le Ben Nevis. So British ! Une saucisse de biche plus tard nous reprenons pour la troisième fois la route qui mène à Mallaig.

Arrivés au ferry une surprise nous attend : l’embarquement se fait… en marche arrière ! C’est étonnant mais pas si compliqué finalement. Après une petite heure de navigation nous débarquons à Armadale, il fait encore jour, même si le ciel s’est bien couvert et décidons de prendre le chemin des écoliers pour rejoindre Portree et notre « Royal Hôtel ». La route qui mène à Sligachan où nous comptons bifurquer est une belle bande de bitume à deux voies, rien à voir avec celles de Mull, mais elle est en travaux à plusieurs endroits et nous devons parfois patienter longuement avant de repartir. Après les travaux c’est un feu auquel nous devons faire face ! Nous avions remarqué, ces jours derniers, la lande brûler mais les feux semblaient conscrits et maîtrisés. Là, au contraire il serpente anarchiquement à flanc de montagne, descendant jusqu’à la route en contrebas, comme des coulées de lave. La bruyère qui flambe dégage une épaisse fumée grise qui envahie bientôt la route (et l’habitacle de la voiture ronde – Anne-Laure nous dira d’ailleurs en avoir encore l’odeur dans sa chevelure le lendemain au réveil) et nous oblige à rouler au pas. Nous manquons de peu d’emboutir la voiture devant nous qui stoppe brutalement… puis la route s’incline à nouveau et nous sortons de cet enfer enfumé ! Même si les reliefs y sont beaucoup plus impressionnant que sur Mull, l’île de Skye nous séduit pour l’instant beaucoup moins. Quand tout à coup, au détour d’un virage, la mer, le ciel, presque de la même couleur, d’un gris-bleu sombre sont déchirés par des falaises formant un isthme, illuminé par le soleil couchant. C’est mystique ! Au premier plan des moutons broutent une herbe bien verte et le paysage devient une fois de plus une carte postale !

Un dernier détour avant Portree nous mène au château de Dunvegan. Il est bien évidement fermé aux visites vue l’heure tardive mais la route qui le contourne nous offre un joli point de vue sur la bâtisse et le bras de mer qui la borde. En repartant nous tombons ébahis et hilares devant une jolie chaumière portant le nom de « Doune Cottage » (Doune est le surnom de ma mère) : photo obligatoire !

Portree n’est pas bien grande et nous trouvons facilement le Royal Hotel ou j’ai réservé pour la nuit. Je ne sais quel genre de roi a bien pu séjourner ici mais s’il est descendu dans le même hôtel que nous il ne devait pas être très regardant… il m’évoque immédiatement les constructions des années 70 des stations de sport d’hiver. En montant l’escalier de bois qui mène à nos chambres je m’attends à tous moments à tomber sur un panneau interdisant l’accès aux couloirs chaussé de chaussures de ski ! Compte tenu du décor nous préférons pour une fois ne pas dîner à l’hôtel et profiter des atouts de la capitale touristique de l’île. Sur le charmant petit port nous dégotons vite un restaurant de poisson qui nous plait. Complet. Revenez dans une demi-heure, trois quarts d’heure, il y aura probablement de la place, mais nous ne prenons pas de réservation, nous dit la serveuse. Au regard de l’heure c’est un peu risqué… s’il n’y a toujours pas de table les autres restaurants auront probablement fermé leurs cuisines et nous finirons gros Jean comme devant ! Non loin de l’hôtel la façade d’un autre hôtel-restaurant nous interpelle : un peu design, très cosy… là encore aucune table de libre, tout est réservé et apparemment pas de second service. Nous tournons un peu, l’heure avance, il faut se décider. Nous atterrissons dans un lieu presque aussi chaleureux que notre Royal où nous mangeons très moyennement et où le service s’avère extrêmement lent… Notre soirée à Portree est plutôt décevante et ne nous laissera pas un souvenir impérissable si ce n’est (pour ma part) la rencontre totalement improbable de Woodkid dans le hall de l’hôtel alors que nous rentrons nous coucher !

Naviguer entre les îles

L’Ecosse est composée de presque 800 îles plus ou moins grandes et seules 130 d’entre-elles sont habitées… certaines, comme Skye, sont reliées à la terre par des ponts mais le moyen le plus simple pour se rendre sur la plus part reste bien évidemment le bateau ! Le réseau maritime de Caledonian McBrayne est très étendu et vous permettra de vous rendre à peu près partout : Mull, Skye, Iona, Lewis, Uist, Islay, etc. Par contre attention aux horaires, renseignez-vous bien avant de prendre la route, surtout en hiver, il n’y a pas forcement de liaisons toutes les heures…


Infos pratiques