8 juillet 2015
Port de Sant Miquel

Sur les conseils d’une commerçante de Santa Euralia, nous décidons de partir découvrir les plages de Port Sant Miquel. On s’est levé tôt ce matin pour avoir une longue journée. Enfin tôt, 8h. Nous devons rejoindre le nord de l’île.

Nous traversons son centre, c’est la campagne. Nous découvrons des fermes biologiques. Elles proposent un tourisme agricole, revenir à la terre, cultiver à l’ancienne, utiliser toutes les ressources de la nature. C’est l’influence hippies. C’est une autre Ibiza.

Nous traversons Sant Miquel de Balansat. C’est presque un village de montagne. Toutes les maisons sont blanches, une

place, une jolie église. Puis c’est la descente un peu raide vers Port Sant Miquel. C’est une petite station autour d’une grande crique. Tout est plus propre dans cette partie de l’île, moins de poussière, des matelas de plage et des parasols indigo, de grands hôtels accrochés à la montagne. Le tout baigné par une mer bleue marine.

Suivant les indications de notre guide, nous empruntons un sentier côtier qui serpente. Nous arrivons sur une première plage. Comment vous la décrire, c’est tellement charmant et indescriptible. C’est autre chose. Bien sûr, il y a des matelas, des lits à baldaquin, une terrasse ombragée, des fleurs. Tout est blanc. Rien n’est luxueux. Tout est souriant. Rien ne manque. Une poésie certaine s’en dégage. Pourtant nous passons.

La randonnée continue, la pente est raide, on se perd un peu, on retrouve un chemin et enfin nous arrivons.

C’est le bras d’un isthme. La mer est de chaque côté. Le vent souffle. Il y a une cabane de bois, des chaises longues, une terrasse. Sur le côté, des garages à bateau avec des rails sur un plan incliné pour descendre l’embarcation à la mer. C’est rude, pas de sable, des cailloux mais c’est beau.

Nous avons faim. On réserve des transats et on s’installe aussitôt. De la bière bien sûr, c’est notre boisson, un mix de grillades, une salade de tomate, des frites. Notre commande nous arrive dans de grands plats comme dans les pensions espagnoles. Et là démarre le plus merveilleux des repas. La viande est succulente. Le poulet, le porc, l’agneau, les saucisses sont grillés à point. C’est goûteux, c’est juteux, c’est délicieux. Les tomates ont épousées l’oignon blanc, habillées d’huile et de vinaigre. Les frites sont blondes, chaudes et croustillantes. Nous vivons une extase sous le parasol dans un coin perdu. Le soleil brûle nos épaules. La bière nous grise. On se regarde, on se sourit. Je sais déjà que l’on se souviendra longtemps de ce repas.

Après cette orgie si réjouissante, certains vont à la sieste, d’autres à la mer. On s’offre au soleil, à nos livres, au farniente. Le temps s’effiloche doucement.

C’est le soleil déclinant derrière la montagne qui annonce le moment du retour. Nous reprenons le sentier et retrouvons au détour la première plage. Elle est à l’ombre. Elle est toujours aussi souriante et poétique. Nous la traversons. On s’arrête au milieu. Personne ne repart. On regarde l’endroit en silence. Et puis Willy propose de s’asseoir pour boire un verre. Mais oui, bien sûr, c’est évident. On s’installe sur la terrasse. Nos voisins boivent une sangria. Mais oui, bien sûr, de la sangria.

La terrasse est ombragée par une tonnelle de bois recouverte d’un filet de camouflage blanc. Les montants de bois créent face à nous un cadre sur le paysage. Au tasseau du haut, il y a des petites bouteilles pendues avec des fleurs séchées. Tout cela semble improvisé mais ne l’est pas. Ce lieu a été organisé avec goût. Il y a du charme dans l’air et la poésie est palpable. Le temps s’est arrêté et se dissout dans l’air comme la fumée de nos cigarettes. Il n’y a plus d’heure. La sangria est bonne et fraîche. Une femme dort sur un des lits de plage. Nos voisins nous sourient. C’est un vrai moment de volupté.

La nuit qui tombe nous pousse  à partir. En quelques pas nonchalants, les yeux rivés sur la mer qui ballote les bateaux au mouillage, nous retrouvons Port Sant Miquel. Nous n’arrivons pas à quitter cette journée. Elle doit se terminer là. Nous décidons de manger sur place, le corps salé, les cheveux collés, les pieds poussiéreux. Mais qu’importe, on est tellement dans le moment.

Nous sommes rentrés de nuit. Le phare du scooter perce la nuit. L’air est frais. Le moteur ronronne. Je pense à cette journée. Elle a été belle, presque irréelle. Nous n’avons rien décidé, nous avons suivi notre instinct. On a partagé la chair et le vin. On a communié dans l’amitié. Le divin nous a touché. Tout était si simple.

Et trois scooters emportent dans la nuit les cinq amis. La lueur des phares a disparu en haut de la colline. Ils ont laissé Port Sant Miquel.

Mais sur la côte là bas, au bord du chemin, un ciste gardera à jamais le souvenir de leur passage.

Texte Pierre Coumes

La suite du roman

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