Challenge 50 ans / J – 15
Sylviane & Yann
Vitry le François 2008
Si les deux personnages de cette photo – je ne parle pas de la voiture – s’étaient mariés on aurait pu fêter leurs noces de béton armé – qui célèbrent, je vous le rappelle, 2567 ans d’union. C’est pas grave à la place on fêtera bientôt nos trente ans d’amitié ! Retournons un peu en arrière…
Fin d’été 1993. Rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, je croise Sandra, connue en seconde, dont j’étais très proche, mais que je n’ai pas vu depuis quelques temps.
⁃ Tu fais quoi à la rentrée ? La fac ?
⁃ Non, je vais m’inscrire à l’École Louvre
⁃ Cool ! J’avais envie de faire ça aussi…
Y a plus qu’à ! Les inscriptions ont lieues quelques jours plus tard. Pour mettre toutes les chances de notre côté, nous dormons devant les grilles de l’aile Denon en attendant leur ouverture. Je passe l’entretien complètement ensuqué, et un mois plus tard je prends place dans un amphi poussiéreux, passablement suranné, au milieu de centaines gonzesses. Forcément je me fais rapidement des copines… Pendant quatre ans je vais tenter d’assimiler tout ce qu’on essaye de nous inculquer. Sans grand succès je dois bien le dire : c’est passionnant mais bien trop conséquent… Les filles de la bande me filent néanmoins un coup de main et me communique leur enthousiasme.
Parmi elles, Sylviane : jolie brune, mitigée Cochinchine (j’ai jamais bien compris les ramifications familiales…), passionnée et brillante. Auprès d’elle il y a Yann, son mec : un corps de bûcheron, un sourire d’enfant, un cœur tendre, empli de générosité.
De réveillons en séjours au ski, ils font rapidement partie de ma garde rapprochée. Ce mois d’août 2008 nous nous rendons, en leur compagnie, dans leur patrie : les Vosges ! Sylviane et Yann ont grandis dans des bleds voisins, maîtrisent chaque méandre de la Vologne et connaissent toutes les anecdotes liées aux indigènes. Il est tant que nous fassions une expédition ethnologique en ces terres incultes. Nous quittons Paris un vendredi soir, à bord de leur grosse berline. Première halte sur l’aire d’autoroute de Vitry-le-François afin de se sustenter dans un restaurant gastronomique américain. Repus nous reprenons la route. Enfin non, nous ne reprenons rien, le bolide refuse d’aller plus loin… De soupirs exaspérés en coup de fils à l’assureur, de conseil de mécano en bidouillages sous le capot, l’animal finira par repartir par on ne sait quel miracle et cette photo caravagesque sera le plus joli souvenir de cette mésaventure.