Challenge 50 ans / J – 20
Jean-Jacques
Rue d’Annam 2001
Les finances ne sont pas au beau-fixe, une ambiance délétère s’est installée au boulot suite à une première vague de licenciements, ma vie de patachon commence à me fatiguer physiquement ; le décès de Denis ne m’a pas mis dans les meilleures dispositions pour affronter tout ça…
Certaines personnes peuvent changer votre vie, par une action, une parole, une présence. Jean-Jacques a eu ce pouvoir.
Il était grand. Mince quand je l’ai rencontré, mais solide, les épaules carrées, les mains épaisses jusqu’au ongles, les attaches aussi. La voix grave et imposante qui allait avec son physique. Ni Dieu, ni Prince Charmant, un homme ancré dans la vie, le monde qui l’entoure et sur la terre qui l’a vu naître.
Le 2 janvier 2001 en passant la porte de mon appartement il entre également dans ma vie, dans mon cœur et va tout chambouler.
Je n’attends personne, je n’espére pas grand-chose de mes rencontres d’un soir ou de quelques semaines. Jean-Jacques va surgir comme une évidence. Je n’ai pas 28 ans, encore un peu adolescent, insouciant, brouillon, et une fâcheuse tendance à me noyer dans un verre d’eau ; à son contact je vais me métamorphoser, quitter ma chrysalide, devenir adulte.
Nous nous connaissons maintenant depuis quelques semaines lorsqu’un soir que nous nous rendons chez des amis pour déguster un agneau de sept heures, sur le chemin, avenue Gambetta, il pose la question :
⁃ Et si on habitait ensemble ?
La réponse ne s’est pas fait attendre, c’était incontestable nous étions faits pour partager nos vies. J’ai dit oui.
Nous avons bâti notre couple, pierre après pierre. Ça n’a pas toujours été simple mais nous le voulions, tous les deux, immensément. Nous ne nous sommes quasiment jamais quittés (je n’ai pas dû passer plus de trois nuits sans lui, exceptée la dernière année ; nous avons même fini par travailler ensemble). Malgré nos personnalités, nos centres d’intérêts, nos marottes, nos fonctionnements, au fil du temps nous avons fusionné pour ne plus faire qu’une seule et même entité. Une merveilleuse symbiose, inespérée, qui allait durer treize ans.