Taroudant

À 8h30 tapantes Hassan, longiligne, petit bouc et grand sourire, vêtu « à l’européenne », se présente à l’entrée de l’hôtel Atlantic. Il sera notre guide pour cette seconde journée d’excursion. Trois jours après Essaouira nous partons au sud-est voir Taroudant. 

Petit tour de ville pour récupérer dans différents hôtels nos quinze compagnons d’aventure puis nous prenons la route et Hassan le micro. J’apprécie ses explications, nombreuses et précises, sur Agadir et la plaine du Souss, tente d’en retenir un maximum mais suis encore un peu ensommeillé et le résultat à la fin de la journée sans avoir pris de notes n’est pas très probant. J’apprends tout de même que l’arganier est endémique à la région et protégé par l’UNESCO depuis 1998. Les tomates, petits pois, citrouilles, melons, bananes, le blé, le maïs, et les orangers sont les autres principales cultures de la région. S’en suivent des pourcentages, des dates, et diverses considérations sur les grandes villes du Maroc, que j’oublie aussitôt… 

Il nous faut presque deux heures pour rallier « le petit Marrakech » – le même siècle de construction et des remparts similaires valent à Taroudant ce surnom. Nous ne verrons pas grand chose de cette ville que j’espérais un peu plus… ou peut-être un peu moins… en tous cas différente : les remparts, la place Assarag ceinte de cafés (comme un Djemâa-el-fna miniature) puis le souk. Les explications d’Hassan sont là encore très fournies et donnent à cette flânerie au souk un tout autre intérêt. Sans compter que celui-ci est aussi beaucoup plus authentique. Djellabas, caftans, gandouras, babouches n’ont bientôt plus de secrets pour nous. 

Nous avons ensuite droit à l’incontournable visite de coopérative d’huile d’argan. Jean-Claude et moi passons notre tour. À l’extérieur deux musiciens, aux étranges instruments à cordes jouent pour notre « plaisir »; l’un d’eux tentera même d’inculquer à Jean-Claude le maniement de son étonnant violon… croyez moi il n’est pas prêt d’intégrer la Philarmonie Berbère de Taroudant. 

Une dernière halte, sur les remparts de la ville avant de filer sur le village berbère de Tiout à une vingtaine de kilomètres. 

Aux ruines de l’ancienne casbah, a été accolé un immense restaurant où nous déjeunons de tajine de poulet aux olives et de couscous de bœuf. Le lieu est bien évidement très touristique – d’autres groupes terminent leur repas à notre arrivée – mais le cadre est néanmoins très sympathique, la nourriture copieuse et délicieuse. Nous passons là un agréable moment à deviser avec nos voisins de table, français eux aussi excepté Maria. Navarraise de Pampelune, petite, replète, la langue bien pendue et l’humour acéré, francophone, elle trimballe avec elle un accent à trancher à la hache. Elle a sans doute été jeune fille un jour et en a gardé les yeux rieurs. Lorsque Jean-Claude pour la taquiner lui dit qu’elle va devoir monter sur un âne pour parcourir la palmeraie après le déjeuner, elle répond dans un éclat de rire : 

  • oui c’est sur toi que je vais monter ! (la transcription exacte serait plutôt : Ché sour toi qué yé bé mon’té)*

Cette histoire de balade à dos d’âne dans la palmeraie de Tiout ne plaît à personne à notre table… Sylvie – qui séjourne dans le même hôtel que nous – partage les idées de Jean-Claude quant à l’exploitation animale. Michel, son mari, et moi-même les rejoignons quand il s’agit d’évoquer le pitoyable zoo d’Agadir et le lamentable état des animaux qui y sont détenus. C’est donc bien déterminés à ne monter sur aucun équidé que nous suivons Mounir, qui doit nous mener à travers la plantation. Avenant et souriant, il s’assombrit bien vite lorsqu’il constate que seules trois personnes de notre groupe de 17 acceptent « pour faire plaisir aux femmes du village » de monter sur leurs petits « taxis berbères » malgré son laïus. Outre l’exploitation des animaux cette promenade n’est qu’un piège à touristes de plus qui n’aide en rien les femmes de ce bled agricole, de 3000 âmes, riche de trois sources et commerçant les fruits de leur quelque 300 hectares de palmiers-dattiers. Nous n’apprenons par grand chose sur le fonctionnement de l’exploitation, ni même sur l’agriculture du coin cependant le lieu est beau. Même en groupe nous prenons le temps de repérer les différentes essences de plantes, trempons nos doigts dans l’eau fraîche des canaux d’irrigation, cherchons à voir apparaître, sur les hauteurs, entre les bouquets de palmes, l’ancienne casbah. Le temps s’arrête. J’aimerais m’allonger quelques instants dans cette herbe grasse et bien verte, à l’ombre d’un oranger en fleur. Mais l’excursion touche à sa fin. Quelques échanges sur le prix à payer pour les ânes et la visite viennent un peu plus gâcher le goût des plaisirs. Nous rejoignons le village écrasé de chaleur et attendons notre véhicule à l’ombre des murs roses. 

La journée n’aura pas été désagréable, loin de là, mais je ne peux que constater que ce genre de sorties organisées n’est pas fait pour moi… 


*Plus tôt dans la journée, alors qu’elle m’entendait glisser à l’oreille de Jean-Claude au sujet du contenu des graines d’arganiers :
– des amandes pas des allemandes.
Elle ajouta :
– c’est pas la même bestiole ! 

La suite du voyage