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2 décembre 2019
Beyrouth – Fin en jaune

Beyrouth a sans doute encore beaucoup à nous offrir mais nous n’avons plus beaucoup de temps… Une petite matinée à consacrer à la découverte ensuite il faudra reprendre le chemin de l’aéroport et bientôt Paris dans le gris. En attendant le gris, du jaune ! Celui du soleil pour commencer, ensuite celui des murs de la maison du même nom. « La Maison Jaune » c’est ainsi qu’elle est nommée dans les guides, sur les plans, mais le chauffeur du taxi qui vient nous enlever à la porte de l’hôtel ne semble jamais avoir entendu ce nom… Peut-être aurait-il fallu annoncer « Beit Beirut » (la maison de Beyrouth) ou l’immeuble Barakat (du nom des derniers propriétaires)… Finalement le nom du carrefour où elle se situe sera plus efficace. 

Les maisons enduites de jaune ne manquent pas à Beyrouth mais celle-ci est particulière : cette grande demeure bourgeoise des années 1920, œuvre de l’architecte Youssef Aftimos qui sut y mêler pierre naturelle et béton armé, s’est retrouvée bien malgré elle sur la ligne de démarcation qui, pendant la guerre, coupait la ville en deux. L’est pour les Palestiniens, l’ouest pour les chrétiens. Abandonnée par ses propriétaires elle va jouer un rôle stratégique de par son emplacement et les vues à 360 degrés qu’elle offre aux milices qui arrivent à la réquisitionner. Trois snipers suffisent à surveiller tout le quartier… 

Une fois la guerre finie la bâtisse s’érige en symbole et devient en 1998 propriété de la municipalité qui décide d’en faire, avec, notamment, le soutien de la Ville de Paris, un Musée de l’Histoire de la capitale libanaise et un centre culturel… que nous ne verrons pas ! Les portes sont fermées alors que notre guide indique le contraire. Aucun horaire d’ouverture n’est affiché. Nous sommes Gros-Jean comme devant ! Nous n’en verrons que l’extérieur !  

Puisqu’il nous reste encore du temps, je souhaite revoir une galerie fermée la veille à l’heure du déjeuner mais qui promettait de belles pièces. Cette nouvelle promenade impromptue permet de découvrir que les rues du quartier d’Archrafieh regorgent de splendides bâtisses restaurées ; nous flânons, profitant de nos derniers moments dans la capitale libanaise. À la galerie Plan Bey des photographies, des peintures, des mobiles, des affiches… la guerre, les décombres y tiennent une place importante, l’espoir et le renouveau également. Une paire de dépliants présentent l’un une vue panoramique de Beyrouth avant la guerre, l’autre la même vue amputée des immeubles détruits mais symbolisés par leur contour en noir. C’est très graphique. Le jeune homme qui tient le lieu est lui-même artiste et réalise des collages à partir de photos de famille en noir et blanc déchirées : c’est sobre, drôle, j’adore ! C’est décidé j’en ramène un à Paris ! Mais… le terminal carte bleue ne fonctionne pas. Je dois courir tirer du liquide. Un distributeur, puis un deuxième sans résultat. Est-ce ma carte qui n’est pas valable ? Est-ce que je fais les mauvais choix sur l’écran ? Déçu je regagne la galerie en courant persuadé de faire une croix sur le collage que j’avais choisi. Finalement le terminal est opérationnel mais Mahmoud (Merjan) – puisque c’est son nom – m’explique qu’il est très compliqué ensuite de récupérer l’argent auprès de la banque. Je le crois volontiers, d’autant plus quand on sait l’endettement du pays… 

Cette fois c’est la course ! Vite trouver un taxi. Retourner à l’hôtel. Récupérer nos bagages et sauter dans le taxi commandé le matin même pour nous conduire à l’aéroport. Petit coup de stress mais nous arrivons parfaitement à l’heure et même suffisamment en avance pour avaler un sandwich avant de rejoindre la porte d’embarquement. 

Dans le « salon » d’attente, une jeune fille, debout, tient une pancarte où sont écrit en arabe ce qui semble être des revendications. Elle est observée de toutes parts. Les agents de la sécurité lui tournent autour. Ça s’agite mais personne ne prend la décision de l’arrêter. Jean-Claude, qui est la curiosité incarnée, ira discuter avec elle pour savoir de quoi il retourne. Tout comme les manifestants de la veille, elle réclame un peu plus de sérénité, de droits, d’égalité, beaucoup moins de manigances financières, de magouilles politiciennes… Après toutes ces années de guerre, encore visibles à chaque coin de rue, ce pays et cette ville ne méritent-ils pas cela ? 

Retournerai-je un jour au Liban alors qu’aujourd’hui le pays est endetté à hauteur de 170% de son PIB, que les manifestations sont devenues beaucoup moins pacifistes quinze jours après notre visite, que le confessionnalisme atteint ses limites et que tout semble réuni pour qu’une nouvelle guerre civile éclate ? Je le souhaite car cette ville m’a fasciné et donné le goût d’en voir et savoir plus. 

Carnet d’adresses

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