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2 août 2015
Vézelay

Texte Anne-Laure Bichet


Je ne sais même pas si cela vaut la peine de vous y emmener.

Evidemment, il y a cette basilique, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO… Et si vous aimez marcher, mais marcher vraiment, en suivant des coquilles Saint Jacques tel le Petit Poucet ses cailloux…, c’est peut être bien, pour vous, d’y monter.

Stéphane Bern, lui, y est allé… (lire « Noyers Sur Serein », lire « Bazoches » )

A vous de voir. Ca n’est pas obligé.

Sylvain, Wil et moi, nous nous y sommes retrouvés car le Casino d’Avallon était fermé.

C’était un dimanche.

Nous n’avions plus rien pour l’apéro.

Plus de bières, plus de pistaches.

Rien.

Un village touristique, si c’est bien foutu, se doit d’avoir au-moins un petit commerce de proximité ouvert 7 jours/7. C’est frappé au coin du bon sens. Nous avons tout misé là-dessus.

Et c’est à Vézelay que nous avons atterri.

En bas de la « Colline Eternelle ».

« Figurez-vous un pain de sucre au milieu d’une vallée, lequel pain domine dix lieues à la ronde », décrit Mérimée.

Nous sommes en 1834. Il est secrétaire de la Commission des Monuments Historiques.

« Au plus haut est perchée une grande église, si grande que toute la ville y tiendrait, habitants et maisons, d’ailleurs la plus belle vue du monde ».

C’est vrai qu’elle est grande, Marie-Madeleine, la petite préférée  de Jésus. Elle se voit de loin.

Depuis le carrefour des routes de Vézelay et Tharoiseau où, déjà, se dresse une croix,  la Croix Montjoie. Il paraît qu’elle symbolise le bonheur ressenti par les pèlerins de Compostelle lorsqu’arrivés là, enfin, ils la voient.

Le temps s’arrête pour eux. A cet endroit. Ils pourront bientôt la toucher du doigt. Encore quelques pas… Le cœur s’accélère. A cause de l’impatience. Et puis de la montée.

Car c’est à pied qu’il faut conquérir la butte. Atteindre la basilique. Et, au bout de l’effort, se recueillir dans la crypte, devant les reliques de la Sainte Prostituée.

Lorsqu’on franchit le seuil de sa maison, les yeux ne savent plus où donner de la tête. Toute la bible est sculptée dans la blancheur de la pierre. On est si étourdi par la majesté des lieux aux proportions olympiques qu’ils nous faudrait presque nous asseoir. Eblouis.

Certains disent que le matériau principal de l’église de Vézelay est la lumière et que l’architecture, en contenant l’espace, maîtrise cette lumière.

Au solstice d’été, le long de la nef, se forme un chemin vers le chœur. Le soleil s’amuse, rentre par les hautes fenêtres, les habille mieux que le plus beau vitrail…, et s’égrène tel un chapelet. Il éclabousse le sol de neuf flaques de feu et peint une marelle, sous la voute en arc légèrement brisé, pour mener les pèlerins de la terre au ciel.

Et nous, nous sommes là, à présent debout au milieu de cette éternité.

Dans ce lieu de silence et de ressourcement, ils sont nombreux à être venus chercher le souffle de l’Esprit.

Une respiration.

Paul Claudel, Le Corbusier, Georges Bataille, … ont trouvé  ici le refuge qu’ils cherchaient.

Une inspiration.

Les moines et les moniales se mêlent aux promeneurs. Ils se recueillent au milieu de toute cette magnificence, ils oublient le bruit des conversations à peine étouffées et tous ces selfies souriants ou grimaçants qui se superposent aux visages d’Adam, d’Eve ou des apôtres et s’invitent dans les derniers épisodes de la vie du Christ ressuscité.

Elle s’en lave les mains, Marie, de tout ce spectacle autour de sa vie et de sa mort, de ce gigantesque édifice qu’on a bâti sur son prénom qui signifie grande tour en hébreu. 

Ce qui la portait, Madeleine, c’était de rassembler. En toute simplicitéElle aimait recevoir des amis autour d’une grande table et d’un bon repas, avec son homme. Lever son verre à la fraternité et refaire un monde qui n’avait pas encore été défait.

Du coup, la tristesse  d’un apéro sans bière et sans pistache, ça lui aurait parlé. No way.

Il est 19h. En redescendant vers le parking, sur la droite, une petite épicerie Vival. Wil et Sylvain se réapprovisionnent en blondes, rousses et brunes du cru. Je cherche le rayon des trucs à grignoter.

Demain, nous reprenons la route pour Paris.

Nous sommes prêts pour une ultime soirée de rires et de discussions sans fin.

Nous allons apprécier sans retenue cet apéro, prétexte inutile pour allonger le temps d’un repas qui nous rassemble une dernière fois avant la prochaine fois.

Merci Marie.

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