Challenge 50 ans / J – 44
Karl Marx
Gregolimano 1977
Mon père était blagueur. Tout l’amusait : simple calembour capilotracté, blagues absurdes, canulars enfantins, comique de situation ou de répétions, réplique tonitruante qui pouvait faire exploser de rire une salle de restaurant ou mettre mal à l’aise les trois quart de la clientèle d’une boutique de bricolage…Tant que ça n’était pas grossier ou ordurier tout était bon pour s’en tailler une tranche.
Cet été là nous partions en Grèce, sur l’île d’Eubée (ah ! La Grèce… une histoire d’amour). Mon père et son pote Michel avait eu l’idée fantasque d’acheter à la boutique du PCF (située non loin du siège du Club Méditerranée où ma mère « vendait des vacances », rue du Quatre-Septembre) des calicots aux effigies des grandes figures du communisme pour en faire des serviettes de plage.
Le club Méditerranée n’était pas encore là chaîne de luxe qu’elle est devenue par la suite mais la clientèle commençait à s’embourgeoiser. Fini les paillotes sans électricité et les sanitaires en commun, Gilbert Trigano construisait en dur de beaux bungalows confortables et les GM n’étaient plus les pionniers « roots » et fêtards du début des années 60. Alors si on pouvait un peu semer – gentiment – la merde pour se marrer, on n’allait pas se priver !
Un jour que nos serviettes étaient étendues sur le sable grec, une femme BCBG (comme on disait à l’époque) vient à passer :
– Oh qu’il est beau ce barbu, qui est-ce ?
– C’est Karl Marx madame
– Quel horreur !
On en rit encore…