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16 juillet 2021
Olympie

La route qui nous mène de Vytina à Olympie est absolument grandiose et offre une physionomie changeante où les essences d’arbres se mélangent pour créer des paysages inédits. Tout d’abord bordée de forêts de sapin sombres, éclaircies de pâturages – nous n’y voyons aucun bovin mais croisons deux chèvres ! – où butinent sans doute des milliers d’abeilles puisque de petites ruches colorées y sont installées. Un paysage on ne peut plus alpin où surgit ça et là une bâtisse de bois rouge semblable à un chalet : l’Helvétie n’est pas loin… Alors que nous traversons un premier village, comparable à ceux visités la veille, la route creusée dans la roche se borde d’oliviers autant que de conifères. Les platanes entrent eux aussi en scène et les pentes abruptes couvertes d’une dense végétation que percent des cyprès. Les abeilles cèdent la place aux cigales. La Bavière, la Toscane et la Sicile s’unissent ici pour notre plus grand enchantement. Plus loin des pins maritimes par centaines. Enfin des champs d’oliviers, des figuiers de barbarie, aloès, arbres à papillons, encore quelques cyprès, des genêts et des lauriers nous plongent en Méditerranée. La température grimpe et les cigales s’affolent… 

Lorsque nous arrivons, Olympie est en ruines. Ce n’est pas une nouveauté me direz-vous. En effet. Mais je ne parle pas ici du site archéologique, but de notre excursion, où sont nées les olympiades ; ces colonnades, ces mosaïques antédiluviennes, ce champ de cailloux à l’ordonnance chaotique empreinte de poésie, teinté de roux, où il fait bon flâner lorsque le soir descend. Je n’évoque pas non plus les restes du temple d’Héra où tous les quatre ans est ravivée la flamme qui parcourra le monde avant d’atteindre la ville-élue où se dérouleront cette année-là les jeux. Ni de celui dédié à Zeus, où s’élevait l’une des sept merveilles du monde antique : la monumentale statue chryséléphantine du maître-dieu sculptée par Phidias en personne. La statue n’est plus mais quelques moules ayant servi à sa réalisation sont exposés au musée du site. En parlant de ruines je ne me réfère pas non plus à ce qui est exposé dans le musée que je viens de citer, comme par exemple l’incroyable inventaire de casques, jambières, boucliers, chaudrons et autres figurines votives datant de l’âge du bronze, ou encore les restes du frontispice du temple déjà évoqué. 

Il est évident que je ne parle pas non plus de la petite collection pédagogique sur l’histoire des jeux, où l’on apprend nombre de chose passionnantes sur les disciplines pratiquées, sur l’organisation et le déroulé des épreuves. Entre autres chose j’ai découvert que les athlètes couraient nus mais coiffés d’un casque, chaussés de jambières et portaient un gigantesque bouclier dont je n’ose imaginer le poids… Outre la course, on y pratiquait plusieurs sortes de luttes dont le pugilat, façon de boxe à mains nues, mais enrobées de lanières de cuir, où tous les coups étaient permis dans le but de voir l’adversaire s’écrouler et ne plus se relever. Lors des compétitions les femmes n’étaient pas admises dans l’enceinte sportive et toute contrevenante se voyait périr, précipitée du rocher du Typaion… Ces Olympiens étaient bien féroces. 

Tout cela nous le verrons et l’apprendrons plus tard. En fin de journée, lorsque la température aura baissé et sera plus propice à ce genre de visite, après avoir profité, un peu, de la piscine de l’hôtel dont les eaux peignent en bleu le ventre des hirondelles qui viennent s’y désaltérer. Nous verrons en effet les colonnes roussir lorsque le soir descend entre les grands platanes. Nous y croiserons la route d’un couple de Français chaussés de gros casques oculaires d’un blanc éclatant qui les font ressembler à des hommes du futur. Il n’en est rien. Ils sont mieux que cela : devins ! Leurs lunettes surdimensionnées leur donnent la possibilité de voir le site intègre, reconstruit, modélisé en réalité virtuelle, alors que nous ne voyons que les restes, les reliefs d’une architecture disparue… si belle.  

Non, lorsque j’invoque la déconfiture d’Olympie, c’est de celle de la petite ville située aux abords du site qu’il s’agit. Ce bourg, à vocation touristique, ordonné sur trois rues parallèles, regorgeant de boutiques de souvenirs, d’hôtels et de restaurants. Aujourd’hui les terrasses sont désertes, la majeure partie des hôtels fermés et les commerces vides… Deux ans de Covid, de confinements et de frontières verrouillées auront eu raison de ce petit bled. Bien sûr il est agréable, et même plus que cela, de pouvoir arpenter les ruines sans se noyer dans une cohue de vacanciers transpirant et traînant les pieds dans la poussière sous la houlette de guides hurlant l’histoire de la construction du Palestre, agitant de petits drapeaux pour contenir leur troupeau… Mais tout de même, cette vacuité est un peu triste.  

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