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18 septembre 2020
Strasbourg

Ah Strasbourg ! Sa cathédrale, ses canaux, sa Petite France, son Parlement, ses winstubs, ses records de température en été et ceux d’incendies de voitures en hiver… Strasbourg… Je ne m’y étais rendu qu’une fois, en novembre 2002. Jean-Jacques m’avait convié à le suivre lors d’un déplacement professionnel et j’avais bien sûr accepté, toujours ravi de découvrir de nouveaux lieux et d’emplir mes yeux, mon cœur et ma tête de la beauté du monde, de ses paysages, et de ce que les hommes sont capables de faire lorsqu’ils décident d’être moins avides de reconnaissance, moins aveugles à ce qui ne leur fait pas profit, moins obsédés par le sang, la violence et le pouvoir… Mais finalement n’est-ce pas tout cela qui a permis la création de tous ces chefs-d’œuvre ? Passons… De ce court séjour je ne garde que des souvenirs brumeux. L’amour vous fait vivre sur un nuage dit-on, eh bien mes souvenirs de voyages de cette époque se sont ouatés de coton doux et sans réelle consistance : une choucroute dans un restaurant des plus typiques, les statues moussues, rouges de pierre, vertes de mousse au portail de Saint-Pierre-le-Vieux, la façade brun-rouge de la cathédrale et à sa gauche la Maison Kammerzell…

C’est justement dans ce lieu emblématique de Strasbourg que Jean-Claude a réservé, un peu par hasard, pour notre première nuit en Alsace. L’endroit est incroyable ! Réputé pour sa table et sa fameuse choucroute aux trois poissons, peu de gens savent que l’ont peut aussi y dormir. Les murs des grands escaliers hélicoïdaux de pierre qui mènent aux chambres s’ornent des portraits et des dédicaces des nombreuses personnalités s’étant attablées ici. Les chambres sont vétustes, certes mais ça a son charme… et l’on ne peut que pardonner tant le bâtiment respire l’âme de la vieille ville… Mais ce n’est pas pour rester enfermés dans un hôtel, aussi historique soit-il, que nous sommes venus à Strasbourg ! Et croyez-moi entre la vieille ville, ceinte par l’Ill et ses canaux, et la ville nouvelle, la Neustadt, il y a de quoi voir ! 

La vieille ville possède, outre sa célèbre cathédrale gothique aux dentelles brunes ayant vu les épousailles de Louis XV et l’arrivée de Marie-Antoinette en terre de France, un splendide patrimoine architectural. Nous visitons l’une et parcourons les rues le nez en l’air à la découverte du second. Lors de ma première venue je ne me souvenais pas d’être entré dans la fameuse église… pourtant quelques photos témoignent de mon passage. Il faut dire que cette cathédrale est plus austère à l’intérieur qu’à l’extérieur. Une belle chaire, de magnifiques orgues, d’antiques vitraux et une horloge astronomique seront probablement les seuls éléments que j’en retiendrai… 

Je ne sais pas si vous aussi, enfant, vous aimiez faire des puzzles, moi j’adorais ça ! Eh bien le quartier de la Petite France a le don, comme d’autres paysages tout aussi représentatifs d’une ville ou d’une région, de vous plonger dans un puzzle grandeur nature, tout comme les dessins à la craie du pote de Mary Poppins vous permettent de voyager dans un paysage bucolique où les pingouins servent le thé. Tout est tellement propre et bien agencé qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’un décor. Ne manquent que les Alsaciennes en costume traditionnel. Et les cigognes… (Je reviendrai sur le cas des cigognes un peu plus tard.) Il fait un temps magnifique et le soleil fait éclater le blanc des façades lacérées de colombages bruns. Des géraniums rouges et roses cascadent aux fenêtres. Un homme joue du oud au pied du Pont Vauban. L’eau glisse le long d’autres façades colorées de la Venise alsacienne (ah bah si ! Dès qu’il y a un bout de canal ou trois cours d’eau qui serpentent quelque part on a droit à la Venise-de-ceci, la Venise-de-cela, alors permettez-moi de me faire plaisir et de renommer ici, le temps d’un paragraphe, la Petite France en Venise alsacienne !). 

Plus loin nous découvrons la Neustadt. Cette « ville nouvelle » commandité par l’envahisseur allemand après la défaite de la France en 1871, est conçue comme un hymne à l’empire, une vitrine pour ce nouveau Land, l’Alsace-Moselle : de larges avenues bordées de bâtiments monumentaux de style néo-classique, néo-renaissance et parfois même Jugendstil (Art Nouveau), comme le Palais des Fêtes ou la Maison Égyptienne. Place de la République, je découvre l’anciennement impérial Palais du Rhin et surtout, lui faisant face, le TNS (Théâtre National de Strasbourg) ! Le guide vert ne fait que le citer et pourtant ce bâtiment est le premier, et le seul hors de Paris, en 1968, à abriter un théâtre national. Il sera ensuite un haut-lieu de recherches et d’explorations sous la houlette de grands noms de la mise en scène (comme Jean-Pierre Vincent, Jacques Lassalle, Stéphane Braunschweig ou Stanislas Nordey, toujours en poste)…

Alors que nous traversons les jardins de la Place de la République, un jeune homme, apercevant mon appareil photo, quitte sa bande potes et se précipite vers nous : 

  • Vous pouvez me prendre en photo et me l’envoyer sur mon Facebook ?
  • Euh… (regards ahuris) Non. 
  • Ah bon…

Nous le quittons hilares pour une dernière balade au long des canaux.

Si mes souvenirs de ce nouveau voyage à Strasbourg se voilent également un jour de coton doux au moins j’aurai tout noté ici ! 

Carnet d’adresses

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