Beyrouth

6 septembre 1832, 9 heures du matin.

Nous étions devant Bayruth, une de villes les plus peuplées de la côte de Syrie, anciennement Beryte, devenue colonie romaine sous Auguste qui lui donna le nom de Felix Julia. Cette épithète d’heureuse lui fut attribuée à cause de la fertilité de ses environs, de son incomparable climat et de la magnificence de sa situation. La ville occupe une gracieuse colline qui descend en pente douce vers la mer; quelques bras de terre ou de rochers s’avancent dans les flots, et portent des fortifications turques de l’effet le plus pittoresque; la rade est fermée par une langue de terre qui défend la mer des vents d’est; toute cette langue de terre, ainsi que les collines environnantes, sont couvertes de la plus riche végétation ; les mûriers à soie sont plantés partout et élevés d’étage en étage sur des terrasses artificielles, les caroubiers à la sombre verdure et au dôme majestueux, les figuiers, les platanes, les orangers, les grenadiers, et une quantité d’autres arbres ou arbustes étrangers à nos climats, étendent, sur toutes les parties du rivage voisines de la mer, le voile harmonieux de leurs divers feuillages ; plus loin, sur les premières pentes des montagnes, les forêts d’oliviers touchent le paysage de leur verdure grise et cendrée ; à une lieue environ de la ville, les hautes montagnes des chaînes du Liban commencent à se dresser ; elles y ouvrent leurs gorges profondes où l’oeil se perd dans les ténèbres du lointain ; elles y versent leurs larges torrents devenus des fleuves; elles y prennent des directions diverses, les unes du côté de Tyr et de Sidon, les autres vers Tripoli et Latakie, et leurs sommets inégaux , perdus dans les nuages ou blanchis par la répercussion du soleil, ressemblent à nos Alpes couvertes de neiges éternelles.

Le quai de Bayruth, que la vague lave sans cesse et couvre quelquefois d’écume, était peuplé d’une foule d’Arabes, dans toute la splendeur de leurs costumes éclatants et de leurs armes. On y voyait un mouvement aussi actif que sur le quai de nos grandes villes maritimes ; plusieurs navires européens étaient mouillés près de nous dans la rade, et les chaloupes, chargées des marchandises de Damas et de Bagdad, allaient et venaient sans cesse de la rive aux vaisseaux ; les maisons de la ville s’élevaient confusément groupées, les toits des unes servant de terrasses aux autres ; ces maisons à toits plats, et quelques-unes à balustrades crénelées, ces fenêtres à ogives multipliées, ces grilles de bois peint qui les fermaient hermétiquement comme un voile de la jalousie orientale, ces têtes de palmiers qui semblaient germer dans la pierre, et qui se dressaient jusqu’au-dessus des toits comme pour porter un peu de verdure à l’oeil des femmes prisonnières dans les harems, tout cela captivait nos yeux et nous annonçait l’orient ; nous entendions le cri aigu des Arabes du désert qui se disputaient sur les quais, et les âpres et lugubres gémissements des chameaux qui poussent des cris de douleur quand on leur fait plier les genoux pour recevoir leurs charges. Occupés de ce spectacle si nouveau et si saisissant pour nos yeux, nous ne songions pas à descendre dans notre patrie nouvelle. Le pavillon de France flottait cependant au sommet d’un mât sur une des maisons les plus élevées de la ville et semblait nous inviter à aller nous reposer, sous son ombre, de notre longue et pénible navigation.

Voyage en Orient
Alphonse de Lamartine – 1832-1833

Le son du Liban

A lire à Beyrouth

Bye Bye Babylone
Lamia Zadié

 

Je ne suis pas un grand fan des roman-graphiques – encore moins des adaptations de classiques de la littérature en BD (et pourquoi pas Notre-dame de Paris en comédie musicale ou en dessin animé pendant qu’on y est ?!) mais celui-là, alors que je lorgnais les tables de présentation de la librairie Antoine dans le souk (sic) de Beyrouth, m’est tombé dans les mains ! C’est un éditeur français (P.O.L), j’aurais pu attendre de rentrer à Paris et foncer  chez mon libraire préféré mais… j’ai craqué ! De grands dessins enfantins et des textes simples (mais précis) raconte la guerre qui éclate en 1975 vue à travers les yeux d’une fillette de sept ans, l’auteure. Inutile de vous dire que je l’ai dévoré sur place et qu’en rentrant je me suis précipité sur d’autres ouvrage de la demoiselle : Ma très Grande Mélancolie Arabe, où Lamia Zadié, prétextant un voyage vers le sud Liban nous narre mille ans d’histoire au Proche-Orient, magnifique, et Ô mes Yeux, Ô ma douleur (que je n’ai pas encore lu) brosse le portrait des vedettes de la chanson libanaise. Mêlant textes et dessins ces ouvrages sont inclassables donc parfois difficile à trouver sur les rayons des librairies (quand j’ai acheté Ma très Grande Mélancolie Arabe il était rangé au rayon « musique »…), n’hésitez pas à demander…

Le Liban sur grand écran

Caramel
réalisation Nadine Labaki

Vous savez ce qui est agaçant ? C’est quand on a Netflix, Apple TV, Orange VOD, je ne sais combien de chaines disponibles sur la box, sans compter les YouTube et autres CacaoWeb plus ou moins légaux, et qu’on ne trouve pas le film que l’on cherche a voir ! Certains sont à l’achat… Non mais oh les gars ! Je ne vais pas acheter un film que je n’ai pas vu ! Je loue un film comme si je prenais une place de cinéma, je ne repars pas de chez UGC avec une copie… Soyons raisonnable !

Tout ça pour dire que les films libanais ne courent pas les cinématiques et encore moins les catalogue de VOD. J’avais tellement envie de voir ce film de Nadine Labakhi, Caramel, où cinq beyrouthines se croisent dans un institut de beauté ; chacune leur vie, leurs tracas, leurs joies, leurs histoires de coeur, de cul… Un Vénus Beauté oriental. Et la bande annonce est tellement truculente. Je ne l’ai pas trouvé. Avouez que c’est rageant !…

Beyrouth en décembre 2019

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